29.06.2014

Au col de la Bataille brille la flamme de la résistance

L’association des Amis du Maquis Henri Barbusse a honoré hier la mémoire des maquisards qui ont sauvé les habitants de Valmanya.

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Adrien Vidal est l’un des derniers résistants vivants du maquis Henri Barbusse. Photo Harry Jordan

" Valmanya n’est pas un village martyr, c’est un village couvert de gloire. Julien Panchot n’est pas une victime, mais un héros de guerre ». Soixante-dix ans après, le résistant Adrien Vidal n’a pas perdu de sa fougue. Celle qui lui a permis de refuser en 1943 de partir en Allemagne pour le service du travail obligatoire, celle qui le jeta aux côtés du capitaine Julien Panchot dans le maquis des Francs-tireurs et Partisans (FTP) Henri Barbusse. A l’initiative des Amis du maquis Henri Barbusse, un hommage a été rendu hier, comme chaque année au début de l’été, à ces glorieux combattants devant la stèle érigée en leur honneur au col de la Bataille, entre Estagel et Millas.

Adrien Vidal alias “Jéhovah”

C’est à deux pas de là que le maquis du FTP voit le jour à la fin de l’année 43. « C’est le seul maquis, sans militaires de carrière en son sein, qui s’est constitué dans le département et qui a connu des faits d’armes. Il était composé de patriotes évadés, de résistants traqués mais surtout de réfractaires du STO recrutés à Estagel, Rasiguères, Millas, Thuir ou Saint-Paul-de-Fenouillet », avoue le militant communiste Adrien Vidal,
“Jéhovah” de son nom de résistant. Dominant la vallée de la Têt et ravitaillé par les populations environnantes et les parachutages anglais (« On s’alimentait aussi grâce aux vaches des pâturages voisins »), le groupe sera repéré le 6 mars 1944 par les forces allemandes. « L’ennemi concentre alors ses forces à partir du col de la Bataille. Il nous encercle et nous déloge. On est alors obligé de regrouper nos forces sur les flancs du Canigou. Mais en quelques semaines, le maquis récupère de nouvelles recrues et le commandement est confié aux frères Panchot qui affirment leur expérience acquise dans les Brigades Internationales ».

Le coup de Prades

Malgré le harcèlement sur terre et dans les airs de l’armée allemande, le groupe tient ses positions. Il occupera même durant toute une matinée la ville de Prades lors d’une opération punitive contre la Gestapo, pour venger la mort du jeune franc-tireur Roquefort de Millas et l’emprisonnement de Louis Lamolle d’Estagel, au volant d’une voiture chargée de pains pour le ravitaillement du maquis. « A Prades, on y a récupéré trois tonnes de tabac. C’était une denrée très prisée comme monnaie d’échange au marché noir », s’enorgueillit Adrien Vidal, instructeur dans le maquis.

Les habitants de Valmanya sauvés

Face à cette infamie pour les troupes allemandes, la barbarie nazie n’a que la revanche en tête et veut donner l’exemple aux soixante-dix habitants de Valmanya, comme ils l’ont fait quelques semaines plus tôt à Oradour-sur-Glane en massacrant la population. « Vu les caractéristiques de la route qui conduisait à Valmanya, nous avons empêché leur progression pendant une heure en détruisant les premiers véhicules. Cela a permis à la majeure partie des habitants du village de fuir sous la protection d’un groupe que nous avions mis en place ».

“ Seules ” cinq personnes n’ayant pas souhaité quitter le village seront exécutées par les Allemands, alors que les maisons et les bâtisses des anciennes mines de fer seront entièrement détruites à coup de grenades incendiaires. Alors que les résistants décrochent sur le versant de Valmanya, le chef Julien Panchot est blessé au pied et ne peut plus fuir devant la progression ennemie. Capturé et torturé, il est exécuté le 2 août 1944 devant un mur à la Pinouse. La perte est immense pour le maquis mais le nombre de victimes chez les maquisards est minime. Surtout, les villageois sont sauvés. A la libération, les deux compagnies constituant le maquis Henri Barbusse seront les seules à être reconnues “unité combattante” de la résistance armée dans les Pyrénées-Orientales, et Valmanya demeurera à jamais le nom de leur plus belle victoire.

Adrien Vidal, malgré ses 90 ans, confirme qu’il sera, jusqu’à son dernier souffle, le « témoin fidèle de la mémoire des camarades et de l’esprit de résistance qui flotte dans ces collines tout autour du col de la Bataille ». Julien Marion

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