13.10.2014

Ségolène Neuville: « Je ne suis pas intéressée par le PS 66 »

Six mois après son arrivée au gouvernement, la secrétaire d’État aux Personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion, parle de ses missions, des P.-O., des prochaines élections et de sa place à venir.

millas, interview, ségolène neuville, frederique Michalack, Harry Jordan, L'IndépendantSégolène Neuville vendredi soir dans son bureau du conseil général des Pyrénées-Orientales. Photo H. Jordan

Faut-il interpréter l’absence de plan de carrière affichée par Ségolène Neuville comme synonyme d’un manque d’ambition ? Certainement pas. À moins de penser qu’on entre, et surtout qu’on reste dans un gouvernement par hasard, difficile d’imaginer l’élue catalane dénuée d’ambition. Même si l’ancienne compagne de Christian Bourquin se défend, pour l’heure, de vouloir conquérir le leadership politique local.

« Mon premier rôle est d’être porte-parole des P.-O. au gouvernement»

Qu’est-ce que votre nomination au gouvernement a changé ?
Chez moi, rien. Je ne me sens pas changée du tout mais c’est quand même une grande fierté d’être au gouvernement. C’est un travail qui me passionne même s’il me tient éloignée de mon département.

Vous êtes au gouvernement depuis six mois, quel premier bilan pouvez-vous tirer?
En ce qui concerne le handicap, je finis mon travail sur l’accessibilité des lieux publics. J’ai présenté en conseil des ministres un système simplifié pour que les bâtiments publics et privés se mettent aux normes d’ici trois ans. Aujourd’hui, ils sont 30% à l’être. Les petites communes et les petits commerces peuvent maintenant remplir un formulaire simplifié et proposer leur propre calendrier. Et si je ne veux pas parler d’objectif chiffré, je veux dire que c’est une responsabilité collective : il s’agit de savoir dans quel monde on veut vivre.

Êtes-vous satisfaite de la prise en charge des handicapés dans le département?

Dans le secteur médico-social elle est de grande qualité, comme ailleurs en France mais il reste des progrès à faire. Malgré les 470 000 places existantes en France et les 3500 -4000 créées chaque année, il reste des personnes sans solution. Il faut aussi faire des efforts pour la scolarisation des enfants en milieu ordinaire.

Est-ce que quelque chose vous a surpris dans le milieu du handicap?
J’ai découvert que dès que vous exemptez les handicapés mentaux, les autistes, des conventions sociales, tout va mieux. Le handicap est un sujet passionnant dès qu’on considère qu’il est en partie créé par l’environnement.

Et sur la lutte contre la pauvreté?
Il s’agit de protéger les familles pour ne pas qu’elles tombent dans l’exclusion, d’augmenter leur pouvoir d’achat. On a revalorisé le RSA, les allocations pour les plus précaires, je voudrais aussi créer un système informatique pour que les informations circulent d’une structure à l’autre, simplifier les formulaires. On expérimente aussi dans dix départements, et les P.-O. en 2015, un revenu minimum pour les 18-25 ans déscolarisés et coupés de leur famille.

Vous êtes sollicitée par les élus locaux de tous bords pour faire avancer des dossiers locaux.
Oui. Mon premier rôle est d’être la porte-parole des P.-O. au gouvernement. Je suis sollicitée par les élus mais aussi les acteurs économiques et dernièrement j’ai accompagné des dirigeants de Saint-Charles au ministère du Budget. Je travaille sur les lits médicalisés de Cerbère, les établissements pédiatriques de Cerdagne.

« Ma vie est ici  »

Pourquoi être restée conseillère générale?
Parce que j’habite ici, ma vie est ici. Je suis là au moins trois jours par semaine, parfois quatre. Je suis avant tout conseillère générale des P.-O., c’est concret, immédiat et ça me passionne. L’objectif de la politique est d’améliorer la vie des gens et le meilleur moyen de le faire est d’écouter ce qu’ils ont à dire. C’est comme ça que Christian Bourquin faisait et comme ça qu’est né le bus à 1 euro par exemple.

Vous venez d’être élue présidente de Canigou Grand site, un signe de plus de votre arrivée sur le canton Canigou?
Je suis candidate aux départementales de mars, mais on n’a pas encore tranché où, ni pour moi ni pour d’autres.

Pouvez-vous confirmer que vous quittez votre canton de Perpignan-St-Martin ?
Tout est ouvert. Mon territoire c’est certes une partie de Perpignan mais aussi toute la 3e circonscription, ce sera un choix collectif. La priorité est de présenter un projet pour tout le département. On a toujours travaillé comme ça avec Christian Bourquin.

Craignez-vous que la gauche perde le conseil général ?
Une élection n’est jamais gagnée d’avance. Une élection c’est du travail, c’est aller à la rencontre des gens. Quand je lis dans vos colonnes que certains à droite nous donnent des recettes magiques ! Ils dirigent des collectivités territoriales, pourquoi ne les ont-ils pas mises en œuvre? Nous, on travaillera sur l’économie sociale et solidaire, l’écologie républicaine créatrice d’emplois développée par Christian Bourquin autour des sites de Paulilles, Canigou, parc marin… On ira plus loin dans la politique sociale de proximité.

« Je n’ai pas de plan de carrière »

Votre mission au gouvernement est par essence temporaire, quel rôle politique voulez-vous ensuite jouer dans le département ?
Je suis députée et conseillère générale, c’est largement suffisant ! C’est déjà beaucoup de travail.

Ne souhaitez-vous pas jouer un rôle plus important pour votre famille politique ?
On est une équipe : Hermeline Malherbe au conseil général, Jacques Cresta au PS 66 et moi au gouvernement et ensuite sur la 3e circonscription car oui, je me représenterai aux législatives de 2017. On est très bien organisé, il n’y a pas de raison que ça change, chacun à son poste ça fonctionne très bien.

Êtes-vous intéressée par le PS 66 ?
Non. Je pense que Jacques Cresta est un très bon premier secrétaire fédéral, très consensuel, rassembleur, et je le soutiens.

Ne voulez-vous pas être plus utile aux P.-O. en prenant davantage de responsabilités ?
Mais c’est déjà beaucoup et ce sont les électeurs qui décideront. Je n’ai pas de plan de carrière.

Vous apparaissez pourtant comme une évidence pour mener la gauche dans ce département.
Non, on est une équipe et c’est notre force.

Comment allez-vous depuis le décès de Christian Bourquin ?
Je vais bien.

Recueilli par F. Michalak

03.10.2014

L’USM ne retrouvera pas ses seniors cette saison

La réunion de la dernière chance n’a débouché sur rien : les seniors de l’équipe de rugby de Millas ne repartiront pas en Honneur.

millas, USM, école de rugbyReverra-t-on les joueurs de l’USM affronter Elne comme la saison dernière ?

Cette saison, l’équipe de rugby de Millas a été mise en sommeil. Alors qu’elle a été finaliste Honneur la saison dernière, l’USM n’aura pas d’équipes seniors en championnat cette année. La réunion qui s’est tenue le 19 septembre dernier entre le président du comité Pays catalan et le maire de Millas n’a pas permis de trouver de solution, notamment en raison du départ de 29 joueurs dans d’autres clubs et de 6 autres en “retraite” sportive.

Après cette douche froide, et la météo de circonstance ces derniers jours, comment réagissent les habitants de Millas.

Ce qu'ils en pensent

millas,usm,école de rugbyMadeleine, une habitante

« Que dire… C’est catastrophique. Mon fils y faisait du rugby. Mais, on n’a plus de soutien. Cela apportait beaucoup aux commerçants et à la vie de la commune. Le village a gros à perdre ».

millas,usm,école de rugby
David, garagiste à Saint-Féliu-d’Amont

« Ancien joueur jusqu’en junior, cela me “fout les boules”. Déjà l’année dernière, il n’y avait pas de cadets et de joueurs. il devait y avoir un souci, mais quoi ? Pour l’avenir, j’espère que quelqu’un, ancien joueur ou dirigeant, quelqu’un de vaillant et qui comprenne les jeunes, puisse relancer le club pour jouer comme à l’époque pour le clocher ».

millas,usm,école de rugby
Pascal, boucher-charcutier à Millas

« C’est très dommage, vraiment très dommage. Cela donnait de l’animation et de la vie le dimanche, les jours de matchs, c’était bon pour le commerce et le village. Pour une ville de 4000 habitants, c’est vraiment dommage, surtout qu’on a été surpris : on l’a appris au dernier moment alors que pourtant en fin de saison dernière, on nous laissait augurer des jours meilleurs. D’où le choc ».

millas,usm,école de rugby
Hugo, ancien joueur de l’US Millas

« Je suis dégoûté, Millas, c’est un club mythique connu dans tout le département pour son école de rugby et sa première. Que vont faire les anciens le dimanche ? Avant, ils pouvaient voir les jeunes jouer et suivre leur évolution et surtout se retrouver pour l’après-match. Étant, pour des raisons professionnelles, joueur à Bompas, cela m’aurait permis de jouer contre mes anciens copains. Si le club remonte l’année prochaine, il faudra que ce soit avec des potes à moi avec qui j’ai fait mon école de rugby et que d’anciens joueurs partis reviennent ».

millas,usm,école de rugby
Geneviève, boulangère

« C’était convivial, chacun donnait un coup de main, on se sentait bien. Autant de départs de joueurs, ce serait dû à une mauvaise entente entre dirigeants et joueurs, d’après ma clientèle. On a une désagréable sensation d’inachevé. On a rien fait pour la garder ».

millas,usm,école de rugby
Bernard, client de la boulangerie

« Le dimanche, c’était la sortie, on s’amusait, une sorte de 3e mi-temps, quand un village perd son rugby et sa pâtisserie, ce n’est pas bon signe. J’espère que cela repartira avec des joueurs de Millas, ayant l’esprit de clocher, car cela nous manque énormément ».

20.09.2014

Millas ne repart pas

Finaliste Honneur la saison dernière, l’USM n’aura pas d’équipe seniors en championnat cette année.

La réunion qui s’est tenue hier en début d’après-midi entre Paul Foussat, président du comité Pays Catalan, et Damienne Beffara, maire de Millas, n’aura pas permis de trouver de solution. Et comme attendu, la saison de l’USM se termine avant même d’avoir commencé. « C’est sûr, on ne repart pas, confirme Cédric Campa, éphémère entraîneur de l’équipe. Il y a beaucoup de frustration. Je suis un joueur du club à la base et je suis dégoûté de ne pas pouvoir rejouer avec mon club. Malheureusement, on n’a pas eu l’aide qu’il aurait fallu de la part du Comité ».

Une idée que réfute Paul Foussat. « Une équipe ne peut pas décider du niveau où elle va évoluer. On ne pouvait pas s’attendre à ça. Surtout de la part de Millas, qui était l’équipe numéro 1 du Comité puisqu’elle avait fini finaliste Honneur et que l’EscBacAsp est montée en Fédérale 3 ». En clair, l’USM qui a du faire face à une vague de départs cet été, souhaitait évoluer cette saison en 3e-4e série avec des joueurs qui
formaient l’année passée son équipe réserve. Un scénario qui n’aurait pas été du goût des autres clubs du groupe C. « Au Comité, on ne pouvait pas savoir que le club subissait autant de départs et se trouvait dans cette situation, reprend Paul Foussat. Et Millas aurait pu suivre l’exemple d’Elne la saison dernière. Ils ont serré les dents un an et cette année repartent avec deux équipes. Je suis persuadé que Millas aurait pu faire la même chose ».

Cédric Campa, lui, avait du mal à masquer sa déception hier soir. « On était même d’accord pour faire une croix sur le championnat de France. Mais le Comité ne nous laissait même pas faire le championnat territorial en 3e-4e série. Ce qu’ils nous proposaient, c’était de faire trois forfaits en Promotion et ensuite ils demandaient aux clubs de 3e ou 4e série de nous intégrer, mais simplement pour jouer des matches amicaux. Ou alors de perdre tous nos matches, ou presque, mais vu la formule du championnat, on aurait
quand même joué un barrage en Promotion. Mais comment voulez-vous, garder un groupe en perdant tous ses matches ». Ce matin, une chose est sûre, l’USM ne repartira pas cette saison et au bout du compte, tout le monde est perdant. L. M.

29.08.2014

Obsèques de Christian Bourquin : les hommages en images (VIDEO)

TV Sud vous propose de retrouver quelques moments forts de cette cérémonie.

Le Premier ministre, Manuel Valls, a rendu hommage vendredi au président du Languedoc-Roussillon et sénateur des Pyrénées-Orientales Christian Bourquin décédé mardi, lors d'une cérémonie républicaine à Millas qui a réuni près de quatre mille personnes. 

Le président du Sénat Jean-Pierre Bel, la ministre des Affaires sociales, des Droits des femmes et de la Santé, Marisol Touraine et de nombreux élus de la région et du département assistaient aussi à cette cérémonie en présence de la compagne de Christian Bourquin, Ségolène Neuville, actuelle secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l'exclusion.

Le salut des anonymes et de la France à Christian Bourquin

Des milliers de personnes sont attendues ce matin à Millas où se tiennent les obsèques du président de la région. Tout un peuple, et même des ministres, pour un dernier adieu.

millas, christian bourquinA Millas, les citoyens ont défilé dans la chapelle ardente pour dire leur tristesse.

Aux côtés du premier ministre Manuel Valls, ils devraient être plusieurs milliers d’anonymes ce matin sur la promenade des platanes de Millas pour assister aux obsèques civiles de Christian Bourquin.

Depuis deux jours, nombreux sont les Perpignanais qui sont venus rendre un dernier hommage « à leur président ». Que ce soit à la Maison de la Région ou dans la salle Guy Mallet du Conseil général, ils témoignent en quelques lignes leurs émotions au travers des registres de condoléances installés dans les deux lieux.

A la lecture des mots chaleureux couchés sur le papier et où le tutoiement est le plus souvent de vigueur, s’étale la relation particulière, remplie de camaraderie et de proximité, qu’entretenait Christian Bourquin avec les Catalans. « Des hommes de ta stature et de ton courage sont de plus en plus rares », « Merci pour ce que tu as fait », « Adieu Camarade » peut-on lire dans ces derniers témoignages en signe d’adieu.

« La Catalogne a perdu un fils »

Présente hier au conseil général, Jeanine est venue tout naturellement à Perpignan pour laisser cette trace écrite. Les yeux rougis par l’émotion, elle ne cache pas sa tristesse. « Je ne vous dirai pas ce que j’ai écrit mais c’était un grand Catalan. Je l’ai connu petit garçon et j’ai eu la chance de le revoir quelques années plus tard. C’était un homme proche des gens, toujours à l’écoute et qui a surtout fait beaucoup pour son département. Malgré la maladie, il était capable de grandes choses et aujourd’hui, la Catalogne a perdu un fils ».

Camarade de route, Georges nous parle « d’un grand homme. Avec lui, les socialistes ont trouvé un leader naturel qui ne doit sa carrière politique qu’à son esprit battant. Quatre jours avant que la maladie le terrasse, il continuait à se battre sur les dossiers qui lui tenaient à cœur. C’est dire la force de cet homme. On le regrettera longtemps ».

Marc, salarié du conseil général se souvient lui aussi d’un homme à l’écoute « des employés des collectivités qu’il dirigeait que ce soit à la mairie de Millas, au conseil général ou à la Région. Il y avait
certes l’animal politique qui a fait tant pour notre département, mais il y avait aussi l’homme profondément respectueux de ses agents. Qu’il repose en paix car nous continuerons, là où nous sommes, à faire chanter l’accent catalan de la République française, que ce soit en plaine ou au sommet du Canigou ». Julien Marion

millas, christian bourquinA Perpignan ou à Millas, les marques d’affection se sont multipliées hier.
millas, christian bourquin Des gerbes de fleurs envoyées de tout le Languedoc-Roussillon et même de Provence. Photos Nicolas Parent.

28.08.2014

Le sens de la marche

Christian Bourquin n’était pas qu’une “machine” à gagner les élections. Il était aussi un homme dont la vie privée était réduite à sa portion congrue. Une bête politique, mais pas à sang froid.

millas,christian bourquinChristian Bourquin au début du mois à la feria de Millas.

Dans “homme politique”, il y a homme. On a tendance à l’oublier tant l’homo politicus et son époque aiment à faire de l’ombre à l’homme tout court. Et c’est souvent injuste. Christian Bourquin n’a jamais exposé sa vie privée, ni sa famille. Pas le genre à poser en famille avec ses enfants, même autour d’un isoloir. Il a, une fois, ouvert son jardin millassois à la presse. C’était au printemps 1998, juste après son élection à la présidence du conseil général des P.-O.. On le voit prenant la pose avec son épouse d’alors, Damienne Beffara et leurs deux enfants Jordi et Sophie, et on ne sent personne à l’aise. Ce jour-là, Bourquin s’est prêté à l’exercice alors en vogue du “Je suis M. tout le monde”. Loisirs préférés ? « La marche en montagne ». Coin préféré ? « La Cerdagne, le Capcir, le Canigou  ». Anima l? « L’écureuil ». Il n’aura varié que sur l’animal, tombé raide amoureux des ânes depuis que sa dernière compagne, Ségolène Neuville, lui avait offert Olympe, une ânesse « très intelligente, qui comprend tout », racontait-il. C’est tout ce que Bourquin révélera jamais de Christian.

Calme

Des éléments biographiques faméliques au regard de l’épaisseur gagnée par le personnage au fil de ses conquêtes électorales. Christian Bourquin était « un mec bien, un vrai gentil et un gros affectif ». L’affirmation paraît suspecte à cette heure-ci, sauf qu’elle émane d’un de ses très bons ennemis. Bruno Delmas a accompagné son ascension de la prise du conseil général, en 1998, à 2001. Directeur de cabinet, il fut alors l’ombre du “Président” avant d’être banni, à jamais. « Il aimait qu’on l’appelle “Président”, ça le rassurait parce que c’était aussi un signe de soumission, dit-il. Il avait un petit complexe d’infériorité, il craignait toujours qu’on lui reproche d’avoir succédé à son beau-père par exemple, alors qu’ensuite il s’est tout gagné. C’était un autodidacte qui avait peur de perdre le pouvoir ». Notamment en 1998 justement lorsqu’il dispose d’une majorité d’un siège au conseil général. Craignant de voir ses budgets rejetés, il applique alors à la lettre un enseignement de Georges Frêche : « Acheter les gens ». « Parfois, de simples places à l’USAP suffisaient. Il les méprisait pour ça mais ne le montrait jamais parce qu’il ne voulait pas blesser les gens. Ça, il se l’interdisait ». Sans doute l’un des secrets du calme dont Bourquin ne se départissait jamais. « Non, je ne l’ai jamais vu en colère, mais les mecs se couchaient devant lui, pourquoi se serait-il mis en colère ? ».

Apaisé

Une dizaine d’années plus tard, solidement arrimé dans la vie politique, ses plus proches collaborateurs ne pourront que constater la “zénitude” du Catalan. Une sérénité « qu’il diffusait autour de lui ». On l’a toutefois vu souffler dans les bronches d’une ou deux « personnalités, pas forcément des élus d’ailleurs ». « Ce qui le mettait en colère c’était des paroles données et pas respectées. Là, il pouvait se montrer
dur ». Pour le reste, « il n’avait pas changé entre Perpignan et Montpellier ».

Au bord du Lez, on dit qu’il était « humain, simple, bosseur, toujours en mouvement et attentif aux autres ». Il souhaitait ainsi les anniversaires et fêtes de certaines de ses connaissances. Mais on lui connaissait peu de passe-temps, lui qui entretenait un rapport au temps presque obsessionnel tant il rythmait son agenda politique et donc 95% de sa vie. « C’est vrai qu’il avait peu de loisirs à part la marche et les confitures de figues ou d’abricots qu’il faisait chaque année ». Une vie qui peut paraître presque austère quand on n’est pas une bête politique. « A Montpellier, son côté bagarreur s’était apaisé ». Sauf pour combattre son cancer. Mais de sa santé, et de la mort,  il ne parlait jamais. Il ne se plaignait pas et seul le rituel du quart d’Evian qu’on lui apportait à heure fixe trahissait le souci de suivre scrupuleusement les recommandations médicales.

Marcheur infatigable, extrêmement fier d’avoir gravi parmi les plus hauts sommets du monde, même après l’ablation de son rein cancéreux, Christian Bourquin continuait à regarder devant. Dans le sens de la marche. Frédérique Michalak

27.08.2014

« Ici à Millas, c’était Christian »

Hier après-midi, Millas, le fief de Christian Bourquin avait du mal à réaliser que celui qui fut élu maire en 1995, n’était plus. L’enfant du pays laissera une empreinte indélébile dans le village.

millas, christian bourquinChristian Bourquin avait tenu à être présent lors de la dernière édition de la feria de Millas,

« Douleur, chagrin, étourdissement… ». Hier après-midi, les mots manquaient aux proches de Christian Bourquin en ce jour de deuil. Écrasé par la chaleur et la terrible nouvelle, Millas avait du mal à réaliser.

millas,christian bourquin« On est KO »
, résume ainsi Joseph Cargol, cheville ouvrière de l’association Espoir qui vient notamment en aide à la communauté gitane de la commune. « Que voulez-vous que je vous dise ? », reprend ce dernier. « Il était à l’écoute. Ce qu’il disait, il le faisait. Nous, si on est là, c’est grâce à lui ». Effectivement, les photos punaisées au mur du local de l’association témoignent de la proximité de ses membres avec celui qui fut élu maire de la commune en 1995.

millas,christian bourquinAu deuxième étage, Michel Hoët, président du club de foot est, lui aussi, sous le choc.

« Du respect et de l’émotion à la feria »


« Je suis communiste, il était socialiste. Il me disait toujours qu’à nous deux, nous formions l’union de la gauche ». Élu depuis 26 ans, il souligne aussi la politique sociale menée par Christian Bourquin à Millas. « Il a toujours aidé notre club qui accueille de nombreux jeunes défavorisés ».

millas,christian bourquinC’est également une photo que regardait, hier après-midi, avec émotion, son ami de toujours, Bernard Lopez, le pâtissier du village. « C’était à la feria, il y a trois ou quatre ans, il était en pleine forme ». La feria justement. Christian Bourquin avait relancé les festivités avec l’aide de Bernard Lopez. Cette année, bien que très affaibli, il avait tenu à participer à tous les moments forts. « Pour la feria du livre, il avait même prononcé un petit discours. Il avait assisté à la messe en catalan et servi l’apéro à la fontaine comme il le faisait tous les ans », raconte Bernard Lopez qui garde également un souvenir poignant de la corrida. « Un toro lui a été brendé. Il s’est levé et le public l’a longuement applaudi. Avec beaucoup de respect et d’émotion ».

Malgré la douleur, l’enfant du pays avait tenu à être parmi les siens à l’occasion de ce rendez-vous devenu si important pour le village. « On voyait bien qu’il souffrait mais jamais il ne s’est plaint », reprend le pâtissier.

« Il est resté debout juqu’au bout »

C’est d’ailleurs l’impression générale qu’il a laissée à Millas et dans ses alentours. Robert Olive, maire de Saint-Féliu-d’Amont et copain d’enfance de Christian Bourquin, évoque, lui, une cargolade qui les avait réunis le 8 août dernier à Forca Réal. « Quand je lui ai demandé des nouvelles de sa santé, il m’a répondu : “ Je vais bien ” et il est vite passé à autre chose. Il est resté debout jusqu’au bout et ne s’est jamais lamenté sur ses ennuis de santé ».

millas,christian bourquinPrésentes hier en mairie, Ginette Moral, première adjointe et Jacqueline Albafouille, adjointe, confirment. « Il passait très vite à autre chose si on lui demandait comment il se sentait. Il regardait en permanence devant et construisait l’avenir ». Son arrivée à la mairie, en 1995, les deux élues s’en souviennent bien. « Il incarnait la jeunesse et faisait preuve d’un énorme dynamisme ». « Je m’étais engagée à ses côtés, parce que c’était lui », reprend Ginette Moral marquée par « sa volonté de réussir dans tout ce qu’il entreprenait, sa rigueur, son honnêteté, sa sensibilité et l’amour pour sa commune, son département et sa région ». Les élues décrivent également un « chef de file », « bourreau de travail » qui « savait entraîner les autres dans son sillage ». « Ici, à Millas, c’était Christian, il refusait qu’on l’appelle autrement ».
Et hier après-midi, au fur à mesure que les heures avançaient, Millas se disait qu’elle allait devoir vivre sans «Christian»… Estelle Devic