28.01.2011

Heureux qui comme Cyril

A   23 ans, Cyril Enrique, 3e ligne centre de l'Etoile Sportive Catalane, avant de revêtir cette saison le maillot « rouge et blanc », le reconnaît volontiers : son itinéraire rugbystique a comporté de nombreux zig-zag.

Sa passion ovale a germé tôt dans le fief millassois dont est originaire sa maman, Muriel. A 5 ans, quasiment au berceau, il a accompli ses premiers pas dans les traces de ceux de son père Jacques, redoutable 3e ligne aile.

Son chemin est passé par les cadets de l'USAP. C'est là qu'il a comme tout rugbyman catalan en herbe commencé à caresser l'idée d'un avenir professionnel, pourquoi pas dans une tunique « bleu azur ».

Un poster de Thomas Liévremont

La saison de « l'exil » en juniors Crabos au Stade toulousain a été aussi celle de la sagesse, celle de l'obtention de son bac, une mesure de prudence salutaire pour qui est confronté aux mélopées envoûtantes de certaines sirènes. Un retour à l'USAP (Reichel), puis un crochet pour une demi-saison au club d'origine, Millas, en Fédérale 3. Une expérience cérétane de deux ans où il bénéficia du savoir-faire de Patrice Ferrer pour peaufiner sa formation au poste de n° 8. Sa dernière tentative d'approche du rugby professionnel, il l'a effectué en espoirs à l'USAP la saison dernière où son employeur Soulas Etec lui a permis, grâce à l'aménagement de ses horaires de travail, d'intégrer en partie la préparation des professionnels.

Cyril est dessinateur projeteur dans un bureau d'études d'engineering d'une entreprise spécialisée dans le béton. « Le rugby professionnel n'est plus dans mes projets. Ce que je cherche maintenant, c'est une certaine stabilité sportive ». L'AS Béziers a bien fait une tentative de séduction à l'intersaison, intéressée par le bagage technique de ce 3e ligne centre qui a des airs de ressemblance avec un certain Thomas Lièvremont dont un poster ornait le mur de sa chambre d'adolescent.

C'est à Argelès qu'il a décidé de poser ses crampons pour trouver l'équilibre. Un épanouissement qui prend forme au fil des rencontres qu'il dispute en alternance au poste de n° 8 avec Christophe Moréno : « La concurrence est saine et cela nous permet à tous les deux de progresser ».

Cette envie de « s'établir », de prendre racine n'épuise pas les raisons de la venue de Cyril à Argelès. « Mon choix a été influencé aussi par l'aspect affectif. Mon père a été certes une fois champion de France honneur avec Millas (en 1987, l'année de ma naissance), mais auparavant il l'a été aussi en minimes avec Elne et deux fois en Crabos avec Argelès. Il faisait partie de la génération des Pierre Rous, André Munoz et Raymond Enrique... son cousin Germain. En signant à Argelès, je n'ai fait que renouer avec mes racines rugbystiques et familiales. Mon père étant originaire de Latour-Bas-Elne. La présence dans les rangs étoilistes d'Arthur Ducassy et Sylvain Jorquera, anciens partenaires durant mes années USAP, a aussi pesé dans la balance. J'ai été sensible aussi à l'ambition du projet sportif du club. Le groupe est jeune et l'ossature de joueurs d'expérience (Jérôme Berget, Chabran, Julia, Roigt, Sanz), l'apport de garçons qui ont évolué au plus haut niveau, comme Bouquié et Benassis, fait qu'une confiance s'installe naturellement entre nous, cela cimente le groupe. On a conscience que l'on peut aller de l'avant et que ce groupe a de l'avenir ».

« Lombez ? Une rencontre triple »

Pour aller de l'avant vers la qualification, il faudra passer l'écueil que constitue Lombez : « C'est une rencontre qui vaut triple. D'abord dans la perspective de la qualification à domicile on a le droit de rien lâcher. Ensuite les confrontations entre les six équipes postulant aux quatre premières places seront décisives. Enfin et dans la même logique, le fait que de l'avoir emporté au match aller dans le Gers, et un succès dimanche procurerait un avantage très substantiel sur un concurrent direct ». Un adversaire qui inspire à Cyril le plus grand respect. « On les a pris au bon moment, l'absence de plusieurs joueurs clés les avait handicapés lors du match dans le Gers. Le récent succès des Gascons chez le premier Agde (23-18) en dit long sur l'appétit retrouvé des ogres gersois, un appétit qui sera aiguisé par un légitime esprit de revanche. A l'image de Nîmes, les Gersois possèdent un groupe homogène, complet dans toutes ses lignes qui aiment jouer au ballon et déploient un jeu propre sans la coquinerie le vice des vieux briscards La qualification constitue un challenge difficile mais passionnant. A nous d'être déterminés, sérieux et disciplinés mais d'utiliser à plein notre potentiel collectif pour que la victoire soit au rendez-vous ».

Bernard Cargnello