09.07.2013

Le mystère du double meurtre de Millas résolu

millas, cadavres, markusEn novembre 2010, les victimes de Markus Mundo avaient été retrouvées. PHOTO/Photos archives

Markus Mundo a été condamné en Allemagne pour l'assassinat de son père et son frère dont les corps ont été retrouvés enroulés dans des tapis en 2010 dans les P.-O. Aucune information n'avait filtré à présent jusqu'en France. Pourtant, un nouveau chapitre capital, voire peut-être son dénouement, a été écrit voilà trois mois outre-Rhin dans l'affaire du double assassinat de Millas. Soit près de deux ans et demi après la découverte des cadavres de deux inconnus abandonnés sur des chemins retirés des P.-O. (lire ci-contre). Il avait fallu des mois et la diffusion à l'échelle mondiale de leurs portraits reconstitués à l'aide d'un logiciel spécifique pour enfin mettre un nom sur les victimes : Heinz-Dieter Mundo, ouvrier métallurgiste à la retraite âgé de 68 ans et son fils Heiko Mundo, âgé de 41 ans, qui était aveugle. Tous deux domiciliés en Allemagne.

Les cadavres transportés sur un millier de km ?

Et c'est dans ce pays que le dossier avait connu un rebondissement de taille. Là, le fils cadet de la famille, Markus Mundo, 40 ans, domicilié dans la ville de Kelkheim près de Francfort, avait signalé auprès du BKA (la police fédérale allemande) la disparition de son frère et de son père, plusieurs mois après que leurs corps ont été retrouvés. Et il était rapidement passé du statut de témoin à suspect principal. Dans le cadre d'un mandat d'arrêt international, il avait finalement été interpellé en octobre 2011 à son retour en Allemagne après un voyage à Chypre et il avait été placé en détention provisoire. Organisateur de tours à vélo (tous terrains, cross, enduro...) notamment à La Palma, Gran Canaria, Teneriffe..., il était "fortement soupçonné d'avoir tué" les membres de sa famille et de s'être débarrassé de leurs dépouilles sur sa route alors qu'il regagnait Barcelone pour prendre un avion à destination des Canaries. Le doute levé sur les victimes, de nombreuses interrogations se faisaient alors jour. Le père et son fils avaient-ils été tués en Allemagne ? Markus Mundo les avait-il transportés sur plus d'un millier de kilomètres ? Et pourquoi ? L'argent était-il le mobile ?

27 jours de procès

La justice allemande a semble-t-il apporté un début de réponse. Markus Mundo, 'le mundo' ou 'le chef' comme il se faisait surnommer sur son site internet, a en effet été jugé en avril dernier dans son pays. Un procès qui aura duré pas moins de 27 jours et au terme duquel il a été condamné pour double assassinat à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 15 ans. La cour d'assises de Francfort a retenu "la gravité particulière" des faits et a considéré que l'accusé avait agi pour pouvoir hériter d'une maison. Il aurait d'abord tué son père et plus tard son frère aveugle en novembre 2010 afin d'être l'unique bénéficiaire de la résidence de famille à Kelkheim dans le Taunus.

Markus Mundo, comme depuis le début de son arrestation, nie avoir commis ces crimes. Mais pour la justice, il était le seul à avoir un intérêt financier dans ce dossier. En outre, les cadavres avaient été enveloppés dans des tapis qui provenaient de cette même maison de famille. Et au moment de leur découverte, le téléphone portable de l'accusé était connecté à un réseau local. Markus Mundo a alors expliqué que son père serait parti avec son frère "en direction du sud pour passer l'hiver". "Une théorie en contradiction avec la nature de son père", a insisté le président. Le patriarche, décrit comme très consciencieux, n'avait parlé à personne dans le voisinage d'une absence prolongée. La défense de Markus Mundo, qui a plaidé l'acquittement, pourrait faire appel de sa condamnation. 

Les visages reconstruits des victimes diffusés à l'échelle mondiale

Le 25 novembre 2010, les cadavres de deux hommes, exécutés d'une balle de calibre 7.65 dans la tête, avaient été découverts par hasard par un agriculteur et un chasseur, à 3 km de distance l'un de l'autre, sur des chemins non carrossables à Millas et Corneilla-la-Rivière. Les corps étaient enroulés dans des tapis orientaux et des sacs de gravats en plastique liés par du ruban adhésif. Le décès remontait entre 3 et 7 jours. Après, rien. Pas le moindre élément. Ils n'avaient aucun document en leur possession, aucun signe particulier et il était impossible de les identifier.

Et ce, pendant près d'un an, malgré les recherches aussitôt déclenchées par les gendarmes de la section de recherches de Montpellier et du groupement des P.-O., malgré les comparaisons avec l'ensemble des signalements de disparitions et avec toutes les affaires similaires en France et à l'étranger, malgré les recoupements avec les fichiers d'empreintes digitales et avec la cinquantaine de fichiers d'empreintes génétiques existants au niveau international, dans tous les pays de l'espace Schengen et au-delà. Soit une trentaine de pays contactés via Interpol et Europol.

Une cellule d'enquête spéciale avait même été créée, baptisée "XY 66", constituée de 10 enquêteurs entièrement dédiés à ce dossier et une information judiciaire avait été ouverte contre X pour "assassinats". En janvier 2011, l'affaire franchissait une étape décisive. Les portraits reconstitués des victimes, élaborés par l'IRCGN de Rosny-sous-Bois et reconstruits à partir des photographies des dépouilles tuméfiées, rendues méconnaissables par des lésions très importantes, étaient révélés et diffusés à l'échelle mondiale. Jusqu'à ce que ces visages mettent enfin les enquêteurs sur une piste et relie cette affaire des P.-O. à l'Allemagne...