30.08.2010

Incendies : l'expert catalan de retour de la fournaise russe

Le lieutenant Christophe Olive, pompier volontaire et chef de centre de Millas, est rentré de Russie où il est allé apporter son expertise en matière de feux tactiques, une technique ancestrale qui soigne le mal par le mal. Il raconte son expérience.

RUSSIE1-2.jpgDans quelles circonstances êtes-vous parti en Russie ?
Le centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC) a demandé à tous les états majors de zone de suggérer des spécialistes qui pourraient se rendre en Russie, préalablement à un éventuel envoi de colonnes françaises. Et c'est sur proposition du directeur du service départemental d'incendie et de secours que je me suis rendu à Paris puis en Russie, avec deux autres experts : le commandant André Caule, de Gironde, spécialiste des deux de tourbe, et le commandant Olivier Venel, des Bouches-du-Rhône.

Et quelle est votre spécialité ?
J'ai été formé aux brûlages dirigés et aux feux tactiques, que l'on appelait autrefois les contre-feux. Ces techniques ont été relancées il y a 4 ou 5 ans par le SDIS 66, qui a créé et formé une équipe spécialisée, et sont principalement employées dans toutes les zones montagneuses et méditerranéennes.

Quelle était la situation à votre arrivée ?
Nous avons été accueillis le 9 août en Russie par un technicien du ministère des Situations d'urgence, qui nous a expliqué qu'ils luttaient depuis un mois contre les incendies virulents, avec des feux de tourbe qui pénétraient jusqu'à 26 mètres de profondeur et contre lesquels les largages s'avéraient peu efficaces. 200 moyens aériens étaient engagés, et les moyens terrestres étaient positionnés en défense des points sensibles. Pour cette seule journée du 9 août, 854 feux avaient été dénombrés. Sachant que pour chaque feu, il faut compter environ 50 km 2 ...

Quels étaient vos objectifs ?
Nous devions adapter les éventuels moyens français à la situation et aux futurs chantiers, établir une sorte d'état des lieux. Nous avons réceptionné les 78 000 masques anti-poussière envoyés par la France, nous avons fait en sorte que le Dash qui arrivait en renfort bénéficie de raccordements pour son remplissage.

Comment votre expertise a-t-elle été reçue par les Russes ?
Le directeur du ministère a préféré mettre en stand-by les colonnes françaises. En revanche, le Dash est venu assister les moyens russes, ce qui a été fort apprécié, et est même intervenu seul, durant deux jours, afin de protéger des villages menacés. En ce qui concerne les feux de tourbe, ils ont préféré les traiter "à la russe", en déroulant des tuyaux sur 40 kilomètres afin d'acheminer l'eau jusqu'aux foyers. Cependant, ils nous ont expliqué que les tourbières brûleraient sans doute durant tout l'hiver... En revanche, ils se sont montrés très intéressés par les feux tactiques et les brûlages dirigés : surtout que ces techniques permettent d'éteindre des feux sans apport d'eau, y compris dans des lieux difficiles d'accès. Ils ont envisagé d'envoyer des officiers russes en France se former à ces méthodes.

Depuis la France, nous avons beaucoup entendu parler de sites nucléaires incendiés...
Sur place, il nous a été dit que tous les moyens étaient employés à la défense des lieux stratégiques, c'est-à-dire militaires ou nucléaires, et que tout était sous contrôle. Leur priorité allait à la protection de ces sites, des habitations et des villages menacés. Quant à la forêt... Il faut comprendre que là-bas, le territoire est tellement vaste que parfois, les feux sont repérés lorsqu'ils sont déjà énormes par les avions de ligne qui survolent des zones souvent inhabitées...

Nous n'entendons plus parler de ces feux ; qu'en est-il aujourd'hui ?
Nous sommes partis le 17 août, et à ce moment-là il y avait encore 1 million d'hectares qui brûlaient... Mais la météo était en train de tourner, ils attendaient des pluies et espéraient résoudre la situation dans le mois à venir.

Que retiendrez-vous de cette expérience ?
La culture du grand. On a vu là-bas des chantiers à perte de vue, des feux de cimes, de sous-bois, de culture, de villages... Les pompiers russes ont du matériel qui peut sembler plus rustique que technologique, comme ces camions de l'armée qui ont été modifiés, mais cela se comprend : avec des températures allant de -40 °C l'hiver à +40 °C l'été, le matériel ne doit pas être trop sophistiqué. Mais surtout, cela s'est encore vérifié là-bas : la prévention est le meilleur outil contre les incendies. Les Russes ont d'ailleurs pour objectif de remplir à nouveau les marécages asséchés il y a 40 ans, et de remettre des budgets dans l'entretien des forêts. Recueilli par Barbara Gorrand