01.02.2011

Les portraits reconstitués mais le mystère demeure

millas, portrait, mystère, enquêteur, gendarmerie, jean-pierre dreno, motpellier, interpol, europol, information judiciaireC’est fait ! Les enquêteurs ont réussi à mettre un visage sur les deux hommes dont les cadavres ont été retrouvés le 25 novembre dernier à Millas et Corneilla-la-Rivière. Ces portraits reconstitués ont été révélés officiellement hier par le procureur de Perpignan Jean-Pierre Dreno et les responsables des unités de gendarmerie de Montpellier et des P.-O. chargés de l’enquête, qui « fondent beaucoup d’espoir » sur leur diffusion à l’échelle mondiale afin de pouvoir aussi, enfin, donner un nom aux victimes.

Rappelons que les deux hommes, père et fils selon les expertises ADN, âgés de 35 à 40 ans et de 50 à 60 ans, ont été exécutées d’une balle dans la tête de calibre 7.65 et enroulés dans des tapis orientaux et des sacs de gravats en plastique liés par du ruban adhésif. De trois à sept jours avant d’être découverts à 3 km de distance sur des chemins non carrossables.

Or, rien, aucun document en leur possession, aucun signe particulier n’a permis depuis lors leur identification. Et ce, malgré les recherches qui se poursuivent sans interruption. Malgré les comparaisons avec l’ensemble des signalements de disparitions, dont aucun ne correspond pour l’heure au profil de ces cadavres. Malgré les recoupements avec les fichiers d’empreintes digitales et avec la cinquantaine de fichiers d’empreintes génétiques existants au niveau international, dans tous les pays de l’espace Schengen et au-delà. Sur une trentaine de pays contactés via Interpol et Europol, une dizaine (Espagne, Allemagne, Danemark, Autriche, Bulgarie, Pologne, Roumanie...) ont déjà renvoyé une réponse négative. Les messages lancés au Royaume-Uni, en Belgique, en Biélorussie, à Chypre, en Estonie, en Finlande, en Hongrie, en Suisse et au Portugal, ne sont toujours pas revenus.

Une information judiciaire ouverte

« Il faut dire que dans les fichiers ne figurent pas que des honnêtes gens. L’immense majorité des concitoyens n’est pas fichée. Il est assez étonnant dans le cas d’un père et d’un fils que l’on n’ait pas d’avis de recherches mais peut-être qu’il y a un service, quelque part, qui a une affaire qui correspond et qui n’a pas encore fait le lien », ajoute le procureur qui a annoncé, au vu des indices relevés, l’ouverture imminente d’une information judiciaire contre X pour « assassinats ».
Dans l’attente, restent donc ces portraits élaborés à l’aide d’un logiciel spécifique par les gendarmes de l’IRCGN de Rosny-sous-Bois et reconstruits à partir des photographies des dépouilles car tuméfiées et rendues méconnaissables par des lésions très importantes. Ces photos seront publiées le plus largement possible par voie de presse et mises en ligne sur le site gendarmerie.defense.gouv.fr/defense, accompagnées d’une description des victimes et de leur tenue vestimentaire ainsi que de contacts (0033468664433 de l’étranger et 04 68 66 44 33 depuis la France ; mail : Hompo66gmail.com). « Cela est fait pour que les enquêteurs puissent être contactés en cas d’identification des deux hommes par un service de police ou de gendarmerie étranger mais également par des témoins ou toute personne susceptible de fournir des renseignements pouvant nous aider », précise le lieutenant-colonel Noyau, commandant de la section de recherches de Montpellier.
« L’enquête ne piétine pas », insiste Jean-Pierre Dreno. Des expertises ADN de prélèvements faits sur les tapis qui recouvraient les corps, sont en cours. De même, les empreintes dentaires des victimes ont été diffusées via des revues professionnelles spécialisées et pourraient permettre de déterminer la zone géographique où se situe le prothésiste qui a pratiqué ces soins « de qualité standard ». « En règle générale, on arrive à identifier les cadavres. Parfois au bout de 6 mois. Le taux d’élucidation est de 99 % en matière criminelle. Sur 18 crimes de sang commis sur le département l’an dernier, 16 ont été résolus. Il nous reste ce double assassinat. Mais, il faut parfois du temps...»

Laure Moysset

28.11.2010

Mystère des corps retrouvés à Millas : on se perd en conjectures

corps.jpgSurvol   de la zone   en hélicoptère, ratissage des lieux avec un chien dressé à la détection des explosifs et munitions : les recherches menées hier autour de Millas n'ont pas fait avancer l'enquête sur les deux corps découverts jeudi matin, emballés dans des tapis et des sacs à gravats. Deux hommes non identifiés, exécutés d'une et de deux balles tirées dans la tête, et sur lesquels les enquêteurs s'interrogent.

« Nous attendions l'extraction de leur profil génétique pour ce soir, mais il faudra sans doute attendre le début de la semaine », déplorait hier Jean-Pierre Dreno, le procureur de la République de Perpignan. L'ADN permettra de savoir si ces hommes, un quadragénaire et un sexagénaire, de type européen, sont de la même famille et éventuellement s'ils sont déjà fichés, en France ou à l'étranger.

Dépourvus de tout bijou, papier d'identité ou tatouage, ainsi que de leurs chaussures, les victimes restent pour l'instant de parfaits inconnus. Les seuls indices matériels aiguillent plutôt vers l'étranger : « L'un des vêtements a été acheté en Allemagne », indique une source proche de l'enquête.

« Les tapis dans lesquels ils étaient emballés sont de médiocre qualité, fabriqués en Turquie, et d'après le code-barre de l'étiquette, étaient distribués en Italie »,
précise le procureur.

Dans la nuit de mercredi à jeudi

Seul apport de l'enquête de voisinage : il semble établi que ces corps ont été déposés dans la nuit de mercredi à jeudi, le long d'un petit chemin difficilement carrossable. « On pense que ceux qui les ont laissés ont utilisé un 4X4 plutôt qu'un fourgon », précise une source proche de l'enquête. Quant au scénario de ce double crime,   « on se perd en conjectures ». « Est-ce qu'ils ont été tués ailleurs, et qu'on a franchi une frontière pour compliquer l'enquête ? Ou qu'on s'est débarrassé des corps avant d'aller en Espagne ? » Et quid de la présence d'une douille de 7.65 percutée auprès de chaque corps ? Ce calibre, qui était celui utilisé par la police française dans les années 80, n'est pas le préféré du grand banditisme. « Celui qui a laissé ces douilles a voulu laisser un message, faire savoir à quelqu'un qu'il a commis le crime », estime un enquêteur, qui penche plutôt pour un double meurtre commis dans la région : « Si on laisse un tel message, c'est pour qu'il soit reçu localement, et pas à l'autre bout de l'Europe. » Dernière question en suspend : selon l'évolution des investigations, l'enquête pourrait être confiée à la Jirs de Marseille, chargée de la criminalité organisée, ou à un autre parquet que celui de Perpignan, si le lieu du crime est déterminé en dehors du département.

F. B. (Midi Libre)