29.03.2012

Deux Millassois se lancent dans l'aventure Pékin-Londres à vélo

Sans titre 1.jpgLes deux millassois fin prêts pour l'expédition.

Ça roule à l'Amicale cyclo millassoise. En 2011, deux de ses membres, Michèle Besson et Gaëtan Bruni n'ont guère eu le temps de faire de la dentelle ou de jouer au bridge : ils ont parcouru respectivement 10 000 et 11 000 km à vélo. Mais ils auront l'occasion de faire mieux cette année entre Pékin et Londres, l'aventure dans laquelle ils se sont lancés, une expédition mise sur pied par la Fédération française de cyclotourisme (FFCT). Après l'expérience réussie du Paris-Pékin 2008, la FFCT remet en effet le couvert en reliant cette année Pékin à Londres, les villes olympiques 2008 et 2012.

Avec quatre vingt autres affamés de kilomètres et d'aventures, Michèle et Gaëtan se sont inscrits pour réaliser ce rêve et sans doute l'Aventure (avec un grand A, bien sûr !) de leur vie.

Deux carnets de route impressionnants

Michèle a fait ses armes à l'AC Millas et ses coéquipiers ont très vite compris qu'une passion venait de naître. Traversées, semaines fédérales ou de club, brevets et séjours en France et ailleurs, on perd le compte de ses participations.

Gaëtan a, lui, une hérédité de baroudeur puisqu'en 1932 déjà, son père avait traversé Italie et Afrique à vélo pour gravir le Kilimandjaro (5 963 m) en solitaire. Une expédition à l'époque, vu les moyens et conditions ! Bon sang ne saurait mentir. Son carnet de route en fait preuve.

6 à 10 heures par jour

Pékin-Paris-Londres, c'est 14 090 km en cinq mois à vélo, certains cols à 4 000 m, températures extrêmes, pistes embourbées ou neigeuses, déserts. Certains penseront qu'il faut être un peu "dérangé" pour souscrire à un tel défi, même pour des "fesses" endurcies. Mais on sait que le cyclotourisme est une école d'endurance et d'abnégation. Certes, il ne s'agit pas de compétition, mais plus qu'un voyage touristique, c'est une expédition au plein sens du terme. Il faudra tenir la distance jour après jour, quelles que soient les conditions du moment (relief, température, revêtements…), affronter tous types de terrain et de pistes, des variations climatiques extrêmes, supporter l'altitude, s'astreindre à six à dix heures quotidiennes de selle, accepter parfois des conditions matérielles spartiates à l'arrivée. A tout cela, on peut ajouter les aléas et les caprices de la vie collective qui, malgré toutes les précautions prises, peuvent naître dans les moments de fatigue, de découragement ou même d'insécurité. De plus, chacun sera sollicité pour participer à des tâches matérielles immédiates malgré la fatigue : au contraire d'un consommateur, il faudra devenir acteur au service de la collectivité.

Les deux regroupements préparatoires ont précisé l'éthique collective et la déontologie de l'expédition, le rôle pour chacun d'ambassadeur de la France et l'esprit de cette aventure en ce qu'elle revêt de sportif, de touristique, de socioculturel et de fusionnel pour le groupe.

L'aventure est lancée. Michèle et Gaëtan savent très bien qu'il faudra savoir s'adapter, parfois serrer les dents car les événements et les éléments rencontrés ne seront pas toujours ceux imaginés ou projetés. Le mental sera souvent primordial et plus exigeant que les qualités sportives.

"L'objectif n'est pas la performance", souligne Gaëtan. "Nous ne sommes pas des gens exceptionnels, nous avons aussi mal aux jambes parfois", renchérit Michèle. "Ce sera avant tout une question de volonté", affirment-ils d'un commun accord. Souhaitons "bon vent" à ces deux aventuriers et à ce groupe "de gens ordinaires qui vont vivre des choses extraordinaires" selon l'expression consacrée à la FFCT.

L'expédition en bref :

93 engagés : 80 cyclos de 42 à 75 ans, dont 19 femmes; 13 membres pour la logistique dont 4 à vélo ; médecin, mécano ; 3 récidivistes de Paris-Pékin ; 2 belges ; 4 canadiens ; 4 chinois ; 7 régionaux dont 2 catalans (les 2 millassois).
14 090 km à vélo en 5 mois (Avril à Août) ;127 étapes de 60 à 170 km ; 24 journées de repos et visites.
Randonneuses identiques pour tous ; saccoches av et ar ; cadre acier ; fourche carbone ; pneus VTT ; développements : 50 x 39 x 24 par 12 à 27.
14 pays traversés : Chine (2 mois) ; Kirghizistan ; Oubékistan ; Kazakstan ; Russie ; Ukraine ; Moldavie ; Bulgarie ; Roumanie ; Hongrie ; Autriche ; Allemagne ; France ; Angleterre.
Renseignements et compléments , suivez l'expédition sur www.ffct.org.
FFCT : Fédération Française de Cyclotourisme ; 120 000 adhérents.


Le road book

Départ du stade olympique de Pékin le 1er avril puis 54 étapes pour rallier la frontière Kirghizie entre Noura et Sary-Tash le 2 juin.
23 étapes au Kirghizstan et au Kazakhstan dont une liaison ferrovière de 1096 km.
Passage de la frontière russe le 29 juin entre Ganyushkino et Astrakan, au nord de la mer Caspienne. Puis neuf étapes pour rallier la mer Noire à Krasnodar.
Passage en Ukraine en ferry le 9 juillet à Kerch puis direction Odessa pour rallier la Roumanie via la Moldavie le 19 juillet (10350 km parcourus).
Attaque du dernier tiers le long de la frontière entre la Roumanie et la Bulgarie puis remontée vers la Hongrie (arrivée à Szeged le 2 août). Sont ensuite au menu Vienne (Autriche), Passau, Ulm (Allemagne), Kingersheim, Vesoul Troyes, Paris, Dieppe, le ferry jusqu'à Newhaven et enfin, Londres le 28 août. 

30.08.2010

Incendies : l'expert catalan de retour de la fournaise russe

Le lieutenant Christophe Olive, pompier volontaire et chef de centre de Millas, est rentré de Russie où il est allé apporter son expertise en matière de feux tactiques, une technique ancestrale qui soigne le mal par le mal. Il raconte son expérience.

RUSSIE1-2.jpgDans quelles circonstances êtes-vous parti en Russie ?
Le centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC) a demandé à tous les états majors de zone de suggérer des spécialistes qui pourraient se rendre en Russie, préalablement à un éventuel envoi de colonnes françaises. Et c'est sur proposition du directeur du service départemental d'incendie et de secours que je me suis rendu à Paris puis en Russie, avec deux autres experts : le commandant André Caule, de Gironde, spécialiste des deux de tourbe, et le commandant Olivier Venel, des Bouches-du-Rhône.

Et quelle est votre spécialité ?
J'ai été formé aux brûlages dirigés et aux feux tactiques, que l'on appelait autrefois les contre-feux. Ces techniques ont été relancées il y a 4 ou 5 ans par le SDIS 66, qui a créé et formé une équipe spécialisée, et sont principalement employées dans toutes les zones montagneuses et méditerranéennes.

Quelle était la situation à votre arrivée ?
Nous avons été accueillis le 9 août en Russie par un technicien du ministère des Situations d'urgence, qui nous a expliqué qu'ils luttaient depuis un mois contre les incendies virulents, avec des feux de tourbe qui pénétraient jusqu'à 26 mètres de profondeur et contre lesquels les largages s'avéraient peu efficaces. 200 moyens aériens étaient engagés, et les moyens terrestres étaient positionnés en défense des points sensibles. Pour cette seule journée du 9 août, 854 feux avaient été dénombrés. Sachant que pour chaque feu, il faut compter environ 50 km 2 ...

Quels étaient vos objectifs ?
Nous devions adapter les éventuels moyens français à la situation et aux futurs chantiers, établir une sorte d'état des lieux. Nous avons réceptionné les 78 000 masques anti-poussière envoyés par la France, nous avons fait en sorte que le Dash qui arrivait en renfort bénéficie de raccordements pour son remplissage.

Comment votre expertise a-t-elle été reçue par les Russes ?
Le directeur du ministère a préféré mettre en stand-by les colonnes françaises. En revanche, le Dash est venu assister les moyens russes, ce qui a été fort apprécié, et est même intervenu seul, durant deux jours, afin de protéger des villages menacés. En ce qui concerne les feux de tourbe, ils ont préféré les traiter "à la russe", en déroulant des tuyaux sur 40 kilomètres afin d'acheminer l'eau jusqu'aux foyers. Cependant, ils nous ont expliqué que les tourbières brûleraient sans doute durant tout l'hiver... En revanche, ils se sont montrés très intéressés par les feux tactiques et les brûlages dirigés : surtout que ces techniques permettent d'éteindre des feux sans apport d'eau, y compris dans des lieux difficiles d'accès. Ils ont envisagé d'envoyer des officiers russes en France se former à ces méthodes.

Depuis la France, nous avons beaucoup entendu parler de sites nucléaires incendiés...
Sur place, il nous a été dit que tous les moyens étaient employés à la défense des lieux stratégiques, c'est-à-dire militaires ou nucléaires, et que tout était sous contrôle. Leur priorité allait à la protection de ces sites, des habitations et des villages menacés. Quant à la forêt... Il faut comprendre que là-bas, le territoire est tellement vaste que parfois, les feux sont repérés lorsqu'ils sont déjà énormes par les avions de ligne qui survolent des zones souvent inhabitées...

Nous n'entendons plus parler de ces feux ; qu'en est-il aujourd'hui ?
Nous sommes partis le 17 août, et à ce moment-là il y avait encore 1 million d'hectares qui brûlaient... Mais la météo était en train de tourner, ils attendaient des pluies et espéraient résoudre la situation dans le mois à venir.

Que retiendrez-vous de cette expérience ?
La culture du grand. On a vu là-bas des chantiers à perte de vue, des feux de cimes, de sous-bois, de culture, de villages... Les pompiers russes ont du matériel qui peut sembler plus rustique que technologique, comme ces camions de l'armée qui ont été modifiés, mais cela se comprend : avec des températures allant de -40 °C l'hiver à +40 °C l'été, le matériel ne doit pas être trop sophistiqué. Mais surtout, cela s'est encore vérifié là-bas : la prévention est le meilleur outil contre les incendies. Les Russes ont d'ailleurs pour objectif de remplir à nouveau les marécages asséchés il y a 40 ans, et de remettre des budgets dans l'entretien des forêts. Recueilli par Barbara Gorrand